Marienbad

l'année dernière à Marienbad

Hier, plongée dans l’année dernière à Marienbad. L’avais-je déjà vu? Peut-être, mais dans d’autres conditions ; sans avoir voyagé des années dans les entrelacs ; sans cet état d’abandon dans lequel je me permets de plus en plus de me glisser pour gouter aux choses ; sans un intellect surdimensionné des égos de notre monde. Se laisser emporter au fil du propos de Resnais. Se laisser envouter par l’image à la précision de la musique profane de Bach, par Delphine Seyrig immensément simple. Etc., mais je ne suis pas là pour faire mon cinéma avec une culture cinématographique si pauvre.

Non, simplement, en embuscade, toujours à la recherche de l’entrelacs. Et soudain, il apparait que le film est entrelacs. Baroque musicalement, non picturalement. Et pourtant l’architecture baroque offre un écrin qui semble naturel. Cependant, il n’y a pas ou peu d’entrelacs dans l’art décoratif baroque. Ce qui m’a toujours surpris et compliqué la quête du sens de cette figure.  Le film est musicalement baroque alors que sa musique ne l’est pas. Il, et non elle, pourrait être signé par Bach dans la précision, l’effervescence mathématique et le contrepoint. Ce dernier n’est pas omniprésent, il est l’essence du film. Chaque plan est un brin, chaque brin un fil d’Ariane qui nous mène nulle part, puis s’entremêle aux autres brins et  tresse un chemin, puis s’empelote  à la manière d’une grande toile de Jackson Pollock. Il y a donc une histoire. Comme du sens. L’un et l’autre se tricotent dans leur négation. Il semble qu’il n’y ait pas de sens parce que le sens est en tout sens, empeloté par la chouette, presque feutre, entrelacé comme un épais zellige à trois dimensions. L’histoire peut être prise en tous sens, éternelle, et l’année dernière est là pour rassurer, mais peut-être trompe. Qu’importe. Le sens-dessus-dessous donne cohérence à cette musique éternelle faite d’images aussi peu noires et blanches que le cinéma noir et blanc. Pas besoin de couleur, juste du mouvement, de l’entrelacs, dans la lumière de Resnais. Inimaginable composition d’un film qui se meut dans la répétition éternelle, et par là immuable,  de ces petits brins qui font le monde, de tout temps, partout. Et me voilà presque l’envie d’aller relire Robbe-Grillet. On peut aussi aller voir du côté de Douglas  Hofstadter qui aborde la musique des brins de monde ou de Maurits Cornelis Escher qui essaie de les recomposer.

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