Zeina Abirached dans Le piano oriental, que je viens de découvrir avec beaucoup de bonheur, met en exergue une citation de Mahmoud Darwich « Qui suis-je? C’est une question que les autres se posent. Moi, je suis ma langue ». Elle répond pour son compte : « je tricote depuis l’enfance une langue faite de deux fils fragiles »,  l’arabe et le français.

Son dessin et sa pensée font moult références à l’entrelacs, celui des cultures qui s’hybrident au plus grand bénéfice de l’intelligence du monde, un des thèmes principaux de la BD, celui de la topographie qu’elle se réapproprie après les enclavements de la guerre civile, ceux propres aux techniques, arts et sens du tricot, quotidien et métaphorique, à celui de l’ADN, plus débridé chez elle que la double spirale scientifique qui le représente.

Superbe dessin qui entrelace le mikado (deux jeux précise-t-elle!), les aiguilles à tricoter, la rosace des cathédrales, le géométrique caché, cassé, en reconstruction, et le débridé en mouvement dont on ne connait l’aboutissement… et la musique clic, clic, en quart ou demi ton, de son père…

Vous n’avez plus qu’à vous précipiter lire ce livre, plus universel que la plupart car fondé sur le croisement de deux cultures locales ouvertes au monde par la grâce de Beyrouth et de  Zeina  Abirached.

 

Zeina Abirached, Le piano oriental, Casterman 2015. Son autre livre lu, Je me souviens, est de la même veine. Même s’il n’a pas l’ampleur du piano, il manifeste d’autant d’imagination de pensée et de liberté de graphisme, explosif et retenu, profond.